| Daniel Lawton: critiques et précisions |
![]() |
| Posté par Hubert Bonin (boninhub) le Dec 05 2007 à 12:05 PM |
| Commentaires >> |
Daniel Lawton, courtier de vin de Bordeaux, nous a envoyé une longue lettre, dont nous le remercions chaleureusement et dont je publie ici des extraits, avec les réponses que je peux lui apporter, en toute sérénité et transparence.
1) A propos des obsèques de Marquet, D. Lawton évoque l’article paru dans Sud Ouest : « Vous ne citez pas les noms des co-listiers de la liste patronnée par Adrien maquet lors des élections municipales de 1953. Or je suis persuadé que MM. Estèbe (le chef de file), Robert Dufourg, Marcard, Duriot, Castets, Benais, etc. (ils étaient ix au total) devaient être présents. Car il y avait beaucoup de monde et le document vous publiez l’atteste. L’historien ‘amateur’ que je suis aimerais savoir le nom des personnalités qui tenaient les cordons du poêle. A l’église, on reconnaît facilement au premier rang Paul Estèbe et le docteur Bach, co-listier de Paul Estèbe aux élections municipales de 1953, qui, sur le parcours, avait tenu un des ordons du poêle (rite du culte catholique qui consistait à offrir un cordon aux proches de la familles ou à certaines personnalités – et il y en avait six ou huit autour du corbillard. Je me demande pour quelle raison vous n’avez pas cité celles-ci, qui étaient parmi les plus antichabanistes du groupe des conseillers municipaux, patronné par Marquet, mais qui, à cette époque, ont tenu une grande place dans la vie politique d’opposition de droite. »
Je dois indiquer que notre livre est beaucoup plus précis et complet que l’article paru dans Sud Ouest, bien évidemment ! Nous évoquons le nom des proches de Marquet et d’Estèbe dans le livre. Mais nous étions et sommes incapables de « mettre des noms » sur les gens figurant sur les photographies que, les premiers, nous publions dans notre livre. Nous serions donc fort heureux que les gens ayant connu cette époque nous envoient une reproduction de ces photos – pour toutes celles qui figurent dans l’ouvrage – avec le nom des personnes qui y figurent : cela permettrait de savoir qui elles sont ! Aux contemporains de cette époque de jouer, par conséquent !
2) « Vous écrivez : ‘Jacques Chaban Delmas brille par son absence.’ On ne le lui a jamais reproché. Sa présence n’aurait même pas été décente. Marquet, en 1953, lors de la campagne électorale des Municipales, avait été très loin dans ses attaques virulentes à l’Alhambra ou dans la presse contre celui qui était maire depuis 1947, et puis il y avait d’autres raisons que vous comprenez sans peine. »
Nous n’avions pas l’intention de reprocher à Chaban de ne pas être présent, et le livre explique précisément cette absence ; mais le journaliste a utilisé un raccourci peut-être non pertinent… Cela dit, par souci de la continuité municipale, la Ville était officiellement représentée par un adjoint, sans plus.
3) « Vous évoquez ‘l’astuce de Chaban qui a fait le budget 1954 article par article, mais dans son ensemble’. C’est plus qu’une astuce, c’est le règlement qui a été appliqué par Chaban à cette occasion. Il s’était renseigné bien à l’avance auprès des services de M. Martinaud-Deplat, ministre de l’Intérieur, qui lui avaient conseillé de suivre cette procédure. »
Nous sommes en désaccord avec D. Lawton sur ce point. Certes, Chaban n’a pas franchi la ligne jaune de l’illégalité ! Mais il s’agissait bien d’une astuce, comme l’a bien expliqué Robert Manciet dans son témoignage que nous avons publié dans un autre ouvrage, Bordeaux et la Gironde pendant la Reconstruction. Cette procédure n’avait jamais été utilisée, mais elle était devenue légale depuis un décret-loi de 1934 ou 1935. Normalement, on votait le budget dans son ensemble, par un vote final. Chaban fait voter article par article, et les « opposants » croient qu’il s’agit à chaque fois d’un simple vote technique, sur des points de détail, donc où ils pouvaient voter pour ou s’abstenir, en préalable au vote final, à portée politique, où ils comptaient voter contre. Mais ils se fait gruger par cette astuce, puisque Chaban, inquiet d’un blocage du processus budgétaire, s’était en effet renseigné à Paris. Manciet nous avait indiqué qu’il avait obtenu des détails sur cette procédure auprès de Michel Debré ; D. Lawton apporte donc une précision complémentaire, en évoquant Martinaud-Deplat, qui était lui aussi un radical, mais non gaulliste.
4) « Sauf erreur de ma part, il n’a pas bénéficié du ‘soutien discret des SFIO’ qui ne l’ont aidé en rien. Après cette séance houleuse du vote du budget 1954, il y a eu durant un temps – assez court – un véritable blocage de l’administration municipale. La liste Chaban Delmas avait dix-sept élus, celle d’Estèbe dix élus, la SFIO cinq élus, le Parti communiste cinq élus. Donc Chaban Delmas avait une majorité relative, mais il lui fallait trouver, au coup par coup, des alliés car ses adversaires ne faisaient pas toujours un bloc uni, et contre nature. Mais c’était toujours difficile et aléatoire. Devant ce blocage, certains élus de la liste Estèbe se rallièrent à Chaban Delmas. Ce fut le cas de MM. Benais, Marcard et d’un ou deux autres conseilles municipaux dont j’oublie les noms. Ainsi Chaban Delmas put retrouver les vingt-et-un sièges dont il avait besoin pour l’administration de Bordeaux. »
Nous émettons un léger désaccord avec D. Lawton. En effet, des témoins (dont Manciet) nous ont bien raconté et précisé que Chaban avait eu besoin, pendant quelques mois, sinon du soutien des socialistes, du moins de leur abstention volontaire, voire positive. Les socialistes ont soutenu, indirectement, Chaban par de telles abstentions, d’une part à cause de leur hostilité envers la droite marquettiste et peut-être aussi envers la gauche communiste – dans ce climat de Guerre froide intense –, d’autre part également parce que Chaban a conclu avec eux une sorte de « pacte » discret, selon lequel Chaban soutenait auprès de l’appareil économique d’Etat et à Paris les projets d’investissement des communes de la banlieue, dans le cadre de ce qui est destiné à devenir la Communauté urbaine. Mais, sur ces points d’histoire politique chers à D. Lawton, fervent « chabaniste », nous sommes preneurs de précisions et de compléments !
Retour
Comments
Add Comment |